Résistances satiesques : faisons le geste barrière V  de « Vexations » !

Erik_Satie_Verre

Oui « Vexations » c’est un signe! Il peut avoir diverses significations selon son contexte et la façon dont il est fait… « Vexations » peut représenter le V de Victoire, du salut, de la paix, le V en forme de poire avec des oreilles d’âne, le V comme des guillemets, comme une mise entre parenthèses….

« Vexations » est créé par Erik Satie en 1893, avec une valeur musicale avant-gardiste, mais aussi par réaction aux diverses vexations qu’il a subies (voir ci-après sa « lettre contribution »…).

Grace à son ami Henri Sauguet, John Cage artiste américain, compositeur, plasticien redécouvre en 1949 « Vexations » qu’il interprète 840 fois, en 1963, mettant en évidence un manifeste esthétique. Depuis des marathons pianistiques s’organisent autour de cette œuvre dans le monde entier…

En 2001, pendant la crise de l’Argentine, le conservatoire de musique de Buenos Aires a voulu résister aux coupes sombres budgétaires dans le champ de l’éducation par une performance. Cela s’est appelé Vexations X 8  car cela a duré une semaine. Les 840 fois sont largement dépassées !

L’élément de la protestation est alors dans la durée. Plus longtemps la vexation est jouée, plus efficace elle est. Cette musique a trouvé un moyen d’actions et de transformations sociales. Plusieurs années plus tard, des postes seront attribués par des concours au conservatoire et les ressources éducatives seront augmentées.

Une nouvelle performance aura lieu 10 ans plus tard à Buenos Aires. Elle ne sera plus une contestation, elle deviendra un hommage, une réminiscence et retrouvera sa valeur musicale.

Alors que nous a apporté la performance des vexations au pays du soleil levant, à Kiyosato, mercredi 3 février ? Quel signe prend « Vexations » en 2021 ?

Est-ce un simple bonheur esthétique ? Est-ce participer à un spectacle vivant en survie, nous qui en sommes privé depuis si longtemps ? Pas seulement ! Pourquoi cet événement s’inscrit-il, dans nos temps troubles, comme un acte de résistance, voulu ou non par les interprètes ?

« Vexations » c’est appréhender la répétition, et surtout  prouver que l’on est résistant, que l’on sera toujours là, malgré cette pandémie. Nous sommes vexés de toutes ces attaques que subit notre pauvre planète ! Alors à nos masques avec « Vexations ». Le fond de l’air effraie… Faisons le geste barrière  V  de « Vexations »!

Je me permets de vous livrer mon petit acte absurde de résistance, en taxant comme un percepteur, les bons mots de nos Maîtres, les plus savants et les meilleurs hommes de ce monde… Satie c’est comme le piano, cela fait plaisir quand on en joue! Voici une correspondance inédite de notre HomErik compositeur que j’ai trouvée, malgré moi, d’une façon incompréhensible à la Sea Bird (Bibliothèque Institut Raymond Devos) à Honfleur (Calvados) et qui apporte peut-être des éléments de réponse aux questions que l’on se pose sur les « Vexations ». Quoique…

« Je ne sais pas si vous croyez au chat noir, à la sorcellerie, à l’envoûtement. Moi, je ne voulais pas y croire ! Jusqu’à la nuit, où je me préparais à accueillir l’inspiration, pendant 4 mn 33, dans le plus grand silence… Je considère, en effet, que le silence est aussi important que le son et qu’ensemble ils constituent la musique.

Je me suis aperçu, lors de ces immobilités sérieuses, que j’étais possédé par une musique qui naissait dans ma tête, au soleil couchant. Non pas floue et frissonnante, comme mon ami Jean Cocteau désignait des musiques impressionnistes, non ! Comme une musique linéaire, sans sauce.

Comme des vexations ! Comme une musique avec un air difficile à se rappeler (Tiens ! Pour vexer le futur interprète, j’écrirai des notes en enharmonie…). Comme un thème mélodique de proportion infime, très lent, qui se répète quatre fois, selon différentes harmonisations… Comme une mélopée qui nous envoie dans un autre monde… quand le sommeil nous prend…

Oui ! Possédé par cette musique ! J’en ai perdu mon plus grand calme et la forte tranquillité de mon âme! Ces « Vexations », sans début, sans fin comme un rêve, vont nous préparer mentalement pour les gnossiennes et les gymnopédies. Oh, à ce propos, comme me le disait Ana Grammes, ce n’était pas la première fois que la gnose naissait du songe !

Et oui, souvenez-vous, les gnossiennes m’étaient déjà apparues lors de mes songes innés, de mes songes instinctifs, révélateur des origines…Je les avais écrites, malgré moi, poussé par le destin, peut-être en réaction à Wagner, que je respecte pourtant, car il vaut mieux avoir des songes innés qu’acquis ! Je n’apprécie pas trop ses songes militaires, ses chevauchées des Walkyries, attentats à ma pudeur, ses musiques choucroutes, proches de l’apocalypse now…

Oui, ma musique est un songe et je me remercie de l’avoir rêvée ! Je me félicite de l’avoir extirpée de cette espèce de caverne, du refuge de ma mémoire qui s’invente au fur et à mesure… C’est d’ailleurs pour cela que mes gnossiennes avancent masquées, sans mesure, sans gestes barrières, sans barre de mesure, en tournant sur elles-mêmes… J’en fais d’ailleurs le tour en compagnie de moi-même !

Souvenez-vous également de mes gymnopédies qui sont nées d’une antique danse onirique suspendue. J’entends encore des critiques me dirent : « Les gymnopédies, c’est design myope, comme vous êtes ! ». Oui, certes, je suis myope de naissance mais surtout presbyte de cœur. Voyez comme mes « douces cocasseries dans le développement musical sont la tendresse intemporelle même ! » Et ce n’est pas mon amie Germaine Taillefer qui me contredira… Ma pudeur, c’est que tout en douceur, il n’y a plus d’heure ! Dans l’ascétisme de la Grèce antique, j’ai dégraissé ma musique !

Mais je m’égare…

Depuis quelque temps, déjà, je sentais donc ces vexations qui rôdaient autour de moi. Quand je m’endormais, elles allaient et venaient… Elles semblaient, tout en trottant dans mes rêves, dessiner dans l’obscurité des figures régulières gymnopédiques. Je voyais des lettres parfaitement calligraphiées :

Il y avait un Vex. Un A. Et un tionS, qui tournaient sur elles-mêmes… Trois lettres se détachaient distinctement : S V A.

A vol d’oiseau, ça fait VexAtionS, et en pivotant toxine S V A.

D’où venaient ces marques de terreur ? Provenaient-elles de toutes ces personnes compétentes qui signalaient mon ignorance ? Peut-être… Mais cela ne concordait pas… A bien regarder toxine S V A, qui avait pu poser vraiment ces marques de terreur, sinon S uzanne VA ladon?

Ce n’était pas sorcier à comprendre ! Non content de me hanter par une rupture précoce, elle essayait encore de me le faire payer indirectement ! Par le truchement des vexations ! J’étais cerné par les vexations !

C’est un rappel à l’ordre constant. 840 fois ! Alors, pourquoi ce nombre ? Je ne sais… Chacun dira ce qu’il voudra… Cela vient-il du nombre d’or ?  Est-ce que cela suit les séries de Fibonacci, de Lucas ? Est-ce un nombre mantra ? Est-ce que X 8 est symbole de l’infini ? Est-ce un nombre issu de la numérologie de la kabbale?

J’ai recopié (une fois seulement !) la partition des vexations que j’ai donnée à Pierre-Henri. Je voulais avoir son avis. Sauguet m’a alors promis de garder ce qu’il considère pourtant comme un canular. Il n’a rien compris, mais j’ai l’intuition qu’en les lui donnant, il transmettra les vexations de cet amour en Cage pour qu’elles puissent s’envoler, tel un mirage, plus tard chez chacun d’entre vous ! D’ailleurs, faites-moi penser à lui donner aussi des partitions de mes musiques d’ameublement qui, chez moi, ne font presque rien… Elles ne font que tapisserie !

Va de rétro S…uzanne ! Ah ! Elles sont diablement fortes ces vexations ! Plus que valables, elles sont indispensables ! Quel manifeste esthétique ! Quelle puissance de contestation ! Un vrai acte politique ! Un vrai sport et divertissement ! Un vrai tango argentin!

Pour échapper à leur emprise, j’ai tout essayé ! J’ai tenté de les enfermer dans le placard de mes cauchemars, de les passer par la fenêtre ! Je suis même allé voir le Sâr Péladan et pourtant, je suis loin d’être Devos… C’est vous dire ! À quel point j’étais désespéré !

Je lui ai dit : « MerodaK Joséphin (avec un grand K, car c’est un cas), je suis possédé par les vexations, c’est un véritable chemin de croix ! Pouvez-vous pratiquer l’exorcisme ? Le Sâr Pédant m’a dit, approchant pour la première fois de sa vie la Vérité :

« Mon fils… vous m’auriez parlé de Satan…  Satie, j’aurais pu tenter quelque chose… Mais ces vexations… Mais contre les puissances de la beauté et de la pureté de la Musique … »

 

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